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Projet contre projet ! Ont ils hurlé, et bien allons y, et comparons les projets des deux challengers. Détailler chaque projet serait très fastidieux, mais on peut comparer leur philosophie générale aux standards de l'histoire des idées politiques:

François Fillon a gagné la primaire avec une synthèse entre la droite conservatrice et la droite libérale. Il a construit un programme sur l'idée noble qu'on a le droit d'être riche, de le rester , et de continuer à s'enrichir librement quelle qu'en soit la cause, spéculation ou création de valeur . Les lois naturelles du marché devant aboutir ensuite à une redistribution de la richesse vers les plus pauvres. Cela implique une intervention plus légère de l'état dans la vie économique, une diminution de la protection sociale et du nombre de fonctionnaires. A vrai dire ce n'est pas très nouveaux, et en dehors de la protection sociale qui a conservé un certain niveau, on surfe cette vague libérale depuis de nombreuses années. Cela entraîne la disparition d'une grande partie de l'appareil productif français, et une concentration du capital dans les grands groupes Industriels. Pour autant , on n'a pas constaté de redistribution naturelle des richesses, et les français ont l'impression de travailler toujours plus pour gagner moins. Avec la mondialisation des marchés, la richesse ne reste pas toujours à l'endroit ou elle est produite. On abouti alors à des crises de surproduction qui détruisent le tissus économique local car les pauvres ne peuvent plus consommer assez pour l'entretenir, à défaut d'une redistribution suffisante. Le problème de la mondialisation nous ramène douloureusement aux grands principes de la théorie des systèmes et d'une vérité qui n'existe que dans un espace bien défini et suffisamment clos. A l'opposé des théories conservatrices et libérales, les politiques sociales de type keynésien (sur lesquelles Mélenchon ou Hamon construisent aujourd'hui leur Doctrine) ne fonctionnent pas non plus, et pour les mêmes raisons.

John Meynard Keynes était un économiste du début du 20° siècle qui a écrit la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936) . Sa politique macroéconomique était qualifiée de politique de la demande, car elle consistait à donner de l'argent aux pauvres (taux d'intérêts faibles, accroissement de la dette publique, politique d'aides sociales) pour qu'ils le dépensent (demande), en contribuant ainsi a créer leur propre travail. La croissance et l'inflation faisait alors bon ménage, et cette politique a bien fonctionné dans la première partie du 20° siècle. Mais la dernière expérience française avec Raymond Barre a échouée, car l'argent donné aux français n'a relancé que l'économie Allemande, plus à même de répondre immédiatement à la demande des français. On a alors découvert la « Stagflation », l'inflation sans croissance. Dans un espace Européen et mondialisé, les politiques systémiques de type keynésien, ou à l'opposé le néoconservatisme libéral (prétendant défendre la démocratie et la liberté), sont forcément vouées à l'échec, car le système est beaucoup trop ouvert. Il faudra probablement attendre un espace Européen plus intégré pour que cela fonctionne à nouveau, mais les conditions ne sont pas encore réunies. La faiblesse du programme économique Fillon est de sous estimer l'effet de la dérégulation sur une dynamique de concentration du capital qui conduira finalement à un collapsus ; Comme si le corps humain ne comptait que quelques organes hypertrophiés qui captent l'essentiel du flux sanguin, conduisant à la gangrène des tissus mal irrigués ou à l’infarctus. Un programme résolument libéral s’accommodera toujours très mal avec les valeurs qu'il prétend défendre, car la liberté contractuelle et l'égalité juridique n'ont jamais conduit à la fraternité.

Entre le fort et le faible c'est toujours la liberté qui opprime et la loi seule qui affranchi. La doctrine libérale ne peut intéresser les classes moyennes que si l'on parvient à convaincre les uns qu'ils sont opprimés par leur voisin, le chômeur, l'immigré, l'homosexuel, la pute, celui qui au final peut être marginalisé pour une raison ou pour une autre, ce qui fait de nombreux ennemis à combattre pour mobiliser le parano qu'il est devenu, et de le détourner du véritable danger...l'hyper concentration du capital. Dans le programme Fillion il ne manque aucun de ces ingrédients, on peut donc lui accorder le mérite de la cohérence d'ensemble, et le classer dans la catégorie des doctrines résolument libérales, celles dont Henri Gaino espère qu'elles resteront un simple cas d'école. Le Programme libéral, comme le disait Jean Jaurès se résume finalement à laisser le renard libre dans un poulailler libre.

Emmanuel Macron et François Fillon souhaitent que l'économie française prospère , mais Il y a deux différences fondamentales.

La première, c'est que le programme Macron vise à remettre la France « en Marche », à redonner envie, et ce n'est pas un vain mot. Il replace ainsi l'homme au centre de ses préoccupations. Pour cela, il souhaite favoriser l'enrichissement par la création de valeur. Il veut stimuler la volonté d'entreprendre en améliorant le statut des entrepreneurs, leur donner l'envie d'essayer et le droit d'échouer. La pertinence de ce choix tient à ce que la prospérité des PME retombe sur leur environnement immédiat à la différence des grands groupes. Emmanuel Macron veut aussi fiscaliser la protection sociale qui ne peut plus reposer sur les seuls revenus du travail. La première différence profonde entre les deux programmes c'est donc bien la nature de l'enrichissement recherché, car Macron veut privilégier la rémunération du risque face à la rente.

La deuxième différence c'est que Macron a bien intégré les effets systémiques, et compris qu'il ne sert a rien de faire tourner la pompe quand il y a une fuite dans les tuyaux. Il propose donc d'abord de délimiter l'espace Européen en deux zones distinctes avec une union solidaire et différenciée dans un espace à 28 et un espace à 19 . Ce qui permettra la mise en œuvre d'une vrai politique économique commune et interventionnistes dans un espace plus pertinent . Si la prospérité constitué à un endroit peut encore se déplacer très vite, E. Macron souhaite aussi que l'état puisse récupérer de la main gauche ce qu'il a perdu de la droite et rester un acteur du développement. L’État, en tant qu’acteur économique, a parfois oscillé entre nationalisations et privatisations des entreprises, afin de mettre en adéquation l’économie française et les exigences de la mondialisation. Mais, la question n’est pas nécessairement celle du choix radical entre les deux. Par ses participations dans les entreprises stratégiques de l’économie Française, l’État joue un rôle lui permettant d’orienter l’économie tout en la rendant plus compétitive sur la scène internationale. A titre d'exemple, Emmanuel Macron, en tant que ministre de l’Économie, n’a pas manqué de rappeler les « risques financiers et opérationnels importants pris par l’État par l’intermédiaire de Renault à un moment où beaucoup disaient Nissan mal en point . Et que cet engagement a été une réussite qui amène à s'interroger sur la pertinence des niveaux de détention, entreprise par entreprise ». Finalement Emmanuel Macron n'invente rien, il reprend à son compte des constats pertinents et courageux.

La synthèse;

Sur l'échelle des idées politiques, et quoique ses détracteurs en disent, Macron est très à gauche de François Fillon. Mais la différence du Programme Macron sur celui de François Fillion, c'est qu'il semble avoir mieux intégré les risques systémiques. Il veut certes aller de l'avant, mais pas au prix de risques inconsidérés. Ce qui n'est pas négligeable, car si la France va mal aujourd'hui cela pourrait être encore pire.

 

Thierry Tamisier , le 4/02/2017.

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