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Les histoires finissent bien.... ou ne finissent pas.

   L'histoire de l'Algérie comme celle d'autres pays africains a mal commencé, avec son lot de massacres, et d'ailleurs bien avant que n'arrivent les « pieds noirs ». Mais cette histoire aurait pu se terminer avec une Algérie prospère et réconciliée, devenue indépendante et ouverte sur la France et l'Europe. Au lieu de cela, l'Algérie perdit en quelques semaines une grande partie de ses forces économiques avec le retour des Pieds noirs en France, suivi d'un repli nationaliste qui ne fit manifestement pas la bonheur du plus grand nombre, et dont nous subissons encore aujourd'hui les effets négatifs des deux côtés de la méditerranée. Les liens entre la France et l'Algérie, voulus ou subis, sont une réalité incontournable de part les racines Algériennes d'un grand nombre de Français. Il était donc absolument souhaitable qu'un candidat à la présidence de la république française s'en préoccupe, c'est ce que fera Emmanuel Macron, avec beaucoup de modernité, en proposant de repenser la coopération entre les deux pays. Ce faisant il prête le flanc aux critiques de ses détracteurs qui manient les émotions et les anachronismes avec la plus grande perversité, ce qui oblige à rappeler quelques faits historiques. Car si comme De Gaulle il dit avoir « compris » les critiques des pieds noirs, il rajoute aussi « je vous aime tous » ce qui n'est pas un détail négligeable.

Les ambitions d'un seul homme ont scellé le sort des Protagonistes.

   De Gaulle aussi, les avait bien compris, mais il ne les aimait pas au point de renoncer à ses ambitions personnelles. Rappelé au pouvoir en 1958, ses idées bien arrêtées sur la réforme des institutions françaises, et un sentiment très hostile à l’égard des populations d’Afrique du nord n'ont pas tardé à sceller leur destin et, de manière indissociable, celui de la relation Franco-Algérienne, pour les décennies qui suivirent. En 1962 De Gaulle voulait poursuivre la réforme constitutionnelle engagée 4 ans plus tôt et la mener jusqu’à l’élection d’un président de la république élu au suffrage universel, ce qui lui permettrait d’accéder à une popularité jusque là réservée aux parlementaires. Or, L’élection du président de la république au suffrage universel était tout à fait incompatible avec « l’idée » d’une Algérie Française, pour un futur président qui n’imaginait pas de faire voter les algériens. Dès lors, l'Algérie devait devenir indépendante. Ce qui à priori n'excluait pas que les Pieds noirs puissent y rester, mais il y avait alors deux obstacles majeurs. D'une part la rapidité avec laquelle il entendait mener cette réforme constitutionnelle et qui n’ouvrait la porte à aucun compromis politique élaboré dans le temps qui aurait permis aux pieds noirs de rester en Algérie. Et d'autre part, sa volonté de réaliser les essais nucléaires au sahara, ce à quoi les pieds noirs se seraient peut être opposés. Quant à sa considération à l’égard des peuples d’Afrique du nord, ses nombreuses citations sont sans équivoque.

Le 18 mars 1962 Les accords d'Évian sont alors signés.

Le massacre de la rue d'ISLY.

   Le 19 mars 1962, Le cessez-le-feu est appliqué immédiatement par l'armée française qui consacre dans un premier temps l'essentiel de ses efforts à la lutte contre l'(OAS). Aux attentats de l'OAS, qui prétend empêcher l'application des accords, succède dès le mois d'avril une vague d'attentats du FLN, notamment les enlèvements de personnes, qui se déchaînent contre les civils français et les harkis, connaissant d'ailleurs leur apogée après l'indépendance. Si bien que le nombre de victimes civiles européennes et, surtout, musulmanes de la guerre d'Algérie est bien plus élevé après le 19 mars 1962 qu'avant.

Un million de citoyens français doivent se réfugier en France métropolitaine. La libre circulation des personnes entre la France et l'Algérie ne fonctionnera après l'indépendance que dans le sens sud-nord, précisément ce que De Gaulle disait vouloir éviter.
L’accord de cessez-le-feu, les déclarations de garantie concernant la sécurité en Algérie, l’organisation des pouvoirs publics pendant la période transitoire, les conséquences de l’autodétermination, tous les autres volets des accords d’ Évian, ne sont, en fait, que des déclarations de principe.

A Alger un plan d’insurrection est mis en place par l'OAS dans le quartier de Bab el Oued. Le 23 mars, Bab el Oued est parfaitement isolée du reste de la ville, quadrillée par des unités de la 27ème division alpine« La population de Bab el Oued est vidée de tous ses hommes, de 12 à 60 ans, malades, infirmes … Ils ne cessaient d’être embarqués en direction des camps d’internement : ils occupèrent les places encore chaudes des détenus FLN qui venaient d’être libérées. Le 25 mars une opération « vivres » est lancée et prend des proportions spectaculaires. Pour tenter de rompre l'encerclement des insurgés, l'OAS lança un appel à la grève générale. et à une manifestation devant se rendre à Bab el Oued en passant devant la Grande Poste, à l'entrée de la rue d'Isly. Le service d'ordre était assuré par l’armée qui avait reçu de Paris la consigne de ne pas céder à l'émeute. Le barrage à l'entrée de la rue d'Isly était tenu par 45 tirailleurs. Les tirailleurs sont des soldats qui ne sont pas formés et adaptés aux missions de maintien de l'ordre. Ils ont une consigne de Paris: « Si les manifestants insistent, ouvrez le feu », et c'est malheureusement ce qui arriva, les soldats ont tiré sur la foule. Les familles tenteront, dans des conditions abominables, de récupérer les corps entassés à la morgue à même le sol, qui un fils, une mère, ou une sœur.

La fusillade de la rue d'Isly marque la fin des espérances européennes dans l'OAS et par ricochet le début de l'exode massif des Européens d'Algérie.

CQFD

   Pas plus que pour le massacre du 17 octobre 1961 ou pour l'affaire du métro Charonne, il n'y a eu à ce jour de commission d'enquête officielle créée pour éclaircir les faits et les responsabilités dans cette fusillade. A titre de comparaison avec le « Bloody Sunday » Irlandais, rappelons que le Premier ministre Britannique Tony Blair fit ouvrir une nouvelle enquête le29 janvier 1998, veille de la commémoration annuelle de la tragédie. L'enquête a été confiée au juge Mark Saville, assisté de magistrats canadiens et australiens.

Ses faits impardonnables et imprescriptibles se sont déroulés à une époque ou l’homme qui était au pouvoir (Charles De Gaulle), est celui dont bon nombre d’hommes politiques contemporains ont revendiqué un étroit lien de filiation, en s’exprimant souvent au nom du « Gaullisme ». Pour Honorer la mémoire de ces morts inutiles, certains feraient bien de s'en rappeler.

Pour voir la vidéo cliquez sur le lien ci-après:

SOUVENEZ-VOUS DU 26 MARS 1962,bloody monday
envoyé par isly26mars

Car si le Gaullisme c'est l’appel du 18 juin, cela restera pour d'autres le 26 mars 1962.

Ecrit par Thierry Tamisier, le 19/02/2017 en hommage à tous les morts d'Algérie.

 

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